ARTICLE    «  la provence »

 "L'Enquête corse" séduit l'île...en attendant les "pinzuti"

  Sortie le 6 octobre du film avec Christian Clavier et Jean Reno.

 L'adaptation au cinéma de la bande dessinée de Pétillon fait un tabac en Corse où le film est projeté depuis deux semaines

 

 


Avec dix-huit mille entrées en une semaine, "L'Enquête Corse", le film d'Alain Berbe­rian - mercredi sur les écrans continentaux - a déjà conquis le public corse. L'île, c'est vrai, avait suivi pas à pas le tournage de l'adaptation de la bande des­sinée de Pétillon. C'était même l'une des principales anima­tions de la fin de l'automne 2003.Lors du tournage de la scène de plasticage du restaurant "Le Pi­nocchio", trois à quatre cents spectateurs s'étaient massés sur la jetée du port d'Erbalunga, un village du Cap, à vingt-cinq ki­lomètres de Bastia. Jean-Pierre Ricci, le patron du restaurant "plastiqué" - de son vrai    nom    "Le Pirate" – redoutait l'explo­sion. Mais l'équipe du film avait bien fait les choses puisqu'une fausse façade de verre avait été reconstituée devant l'établissement empaqueté dans des planches pour le protéger.

 

Une BD à succès

Rien à voir avec l'attentat - bien réel celui-là - qui, un an plus tôt, avait visé "Le Pirate". "Et oui, ici, c'est du tragi­que. On n'en rit pas", soupire Dominique Ricci, frère du res­taurateur et maire - depuis 1989 - de ce somptueux petit port, dé-signé par un hebdomadaire comme l'un des quinze villages les plus chics de France. Alain Berberian en a fait l'un des décors de son film, comme de nombreux autres villages de bord de mer ou de montagne.

Le premier magistrat d'Erbalun­ga, qui a adoré la BD de Pé­tillon - on en a vendu 20 000 exemplaires en Corse - trouve le film moins acide, "plus diplo­mate". Même si beaucoup de scènes restent. a son avis, criantes de vérité : "La conférence de presse des nationalistes qui condamnent les actes mais pas les auteurs... c'est plus vrai que nature. Quant à Jean Reno ,il  peut prendre sa carte à la Conculta ".

Dans l'île, le film a des allures d’œuvre collective. A la terrasse de "U Scalu", le bistrot d'Er­balunga. Jean-Do se balance sur les deux pieds de sa chaise. "Moi, j'étais un client du resto et j'étais juste derrière Cla­vier. J'avais mes chances mais on m'a coupé au montage". Un figurant qui ne figure plus...

Le choix du réalisateur a été de puiser le plus possible dans le vivier, assez riche, des comé­diens locaux. L'invasion d'acteurs continentaux singeant l'in­sulaire n'aurait pas été du goût des Corses où les choses se disent très vite.

 

Prof et acteur

"En recrutant beaucoup de gens ici, l'équipe avait un souci de vérité pour l'accent et la gestuel-le", raconte François Berlin­ghi. Dans la vie. il est profes­seur de commerce au lycée Gio­cante de Bastia. A l'écran, cet acteur amateur, membre de la compagnie U teatrinu, tient le beau rôle, celui du patron de bistrot de Rossignoli auquel Chris­tian Clavierrlack Palmer deman­de s'il connaît Ange Leoni. Sa réplique - "Je ne connais pas grand monde par ici. Nous ne sommes en Corse que depuis cinq générations" - devrait ren­dre hilares les spectateurs et cou­rir un bon moment sur les zincs des bistrots de l'Hexagone.

A travers le succès qu'ils réser­vent au film, les Corses font montre d'une aptitude à l'auto-dérision. On rit de tout le monde : des Corses, des nationalis­tes, des gendarmes, de l'Etat, des pinzuti (continen­taux). "C'est à Bastia, une vieille tradition, explique François Berlinghi. La maga­gne, c'est se moquer des autres et de soi-même". Mais pas trop quand même... "Les Corses n'aiment pas rire d'eux, pense plutôt Dominique Ricci. Ici, la susceptibilité, c'est quelque chose‑


U Ribombu, le bulletin officiel des nationalistes et de revendica­tion des attentats du FLNC. avait encensé la BD et Pétillon s'était vu décerner le prix de l'humour corse. Les mauvaises langues disent qu'il a fallu s'atti­rer certaines bonnes grâces en recourant aux services d'une so­ciété de sécurité aux liens soup­çonnés avec les porteurs de ca­goules. Sourires chez beaucoup : "De toute façon, il n'y a que deux sociétés de sécurité dans l'île et elles ont toutes les deux des accointances". Mais cela, c'est déjà le sujet d'une autre enquête corse, instruite cel­le-là par des juges.